Un premier album est toujours vécu comme un événement incontournable par un artiste, une sorte d'aboutissement longtemps espéré. A posteriori, il s'envisage plutôt comme une étape, souvent fondatrice, dans la lente maturation que suppose la recherche de toute singularité artistique.
C'est bien le tour de force d'AnnCardona que d'avoir su patiemment construire son univers, loin des urgences discographiques de certains artistes en développement qui ne peuvent éviter les écueils du fast-recording : vite consommé, vite oublié.
Ici, la voix distille son timbre velouté et s'impose d'emblée comme l'élément fédérateur entre le texte et la musique. Stylisées sur mesure, façon pop électro-acoustique des late sixties, les chansons s'intègrent parfaitement dans le paysage sonore actuel. Les arrangements qui empruntent aussi bien les sons de l’harmonica que du sitar, du santur, de l’orgue Hammond ou du Fender Rhodes, créent une atmosphère musicale riche et raffinée. Certaines guitares aux tremolos planants évoquent des paysages désertés, et apportent à l’ensemble une dimension cinématographique.
Comme si les Beatles étaient passés par là et qu’ils avaient croisé Françoise Hardy et Beth Gibbons aux bras d’Ennio Morricone !
Aucune chanson ne laisse indifférent sur cet opus aux mélodies finement ciselées. On ne pourra s'empêcher de fredonner "Maudite nuit" début décembre et Noël ne sera plus tout à fait comme avant. Une chanson qu’on verrait bien sur des images de Tim Burton ! "Non" pose un regard serein et printanier sur un amour qui ne s'avoue pas... Vaincu sans doute par quelques paires de claques qui font de " L’amour cul de sac " une œuvre ironiquement intemporelle. Car c'est d'amour dont il est question. Des gens qui passent, du temps qui passe, des cœurs qui s'entrechoquent et puis s’enivrent. A ce titre, "Au jour la nuit" est une mélopée urbaine précieuse et envoûtante et "Que font-ils", une ballade en cinémascope pleine de raffinement sur nos humeurs de parapluie. Hommage fructueux à Tom Yorke et au Velvet pour "l'Absent présent", la langue française y sonne juste et les anglophiles seront également récompensés... On ne pourra toutes les citer tant ces chansons contribuent chacune à leur manière, à la réussite de cet « Au jour la Nuit », album dont on oublie que c'est le premier avant d'être celui de la maturité.
F Moreau.
Voix, textes, musiques: Anne Cardona
Guitares, dobro, guitare slide : Michaal Benjelloun
Guitares, rhodes, wurlitzer, hammond, harmonica, choeurs : Julien Le Nagard
Basse, sitar, theremine, celesta: Halim Talahari
Batterie, percussions; Gaëtan Allard
Contrebasse: JB Petrini
Violoncelle: Louise Leverd
Violon: Emilie Berthod
Piano: Frédéric Moreau
Photos: Florent Brunel
Graphisme: Olivier Boscovitch
Un grand merci à tous ceux qui ont participé à cet album, à tous ceux qui viennent aux concerts et font que je continue à exister.