On peut dire que jusque-là, Séverine écrivait. Oui, Séverine (Daucourt-Fridriksson de son vrai nom) écrivait juste, de la poésie : nombreuses publications en revues, une bourse du centre national du livre, trois recueils, un montage pour Eric Ruf à la Comédie française, des traductions. On peut dire aussi que cela continue, Séverine écrit toujours, mais ne fait plus juste qu’écrire.
Il lui a pris une grande envie d’air. Sortir de l’autisme. Elle s’est donc mise à… écrire, mais des paroles de chansons. Des textes à entendre. Pas des poèmes à mettre en musique, loin, loin de cela, plutôt des chansons très écrites. Bref, de quelques-uns de ces mots-là est montée une mélodie, puis toutes les mélodies sont venues de tous les autres mots, consignées sitôt échappées, enregistrées sur le magnéto Fischer Price des enfants. Après cela, elle s’est dit : je vais, je veux les chanter. Pas : je veux être chanteuse, non : je veux porter ces « mélotextes ». Incarner ma voix.
Séverine chante une langue qu’elle écrit comme elle vit, dans deux pays, la France et l’Islande. Elle a exercé plusieurs métiers dont journaliste et psychologue pour n’en garder aucun, a changé de voies pourrait-on croire, mais la voie est unique, tracée par les nécessités du moment, l’envie qui s’impose. Il y a chez elle une incapacité à rester là où elle sait être. A s’installer ici plutôt que là. Ce penchant à ne pas trancher est devenu un choix . Il s’agit au final d’occuper une place exigeante, en musique, en littérature, en tout comme en n’importe quoi, il s’agit d’exiger cette place hors des modes, entre les codes, nulle part et ailleurs, de rester dans la vie et chez les mots, proche du monde et hors de tout. D’y être. Juste